C’est autour du triptyque : industriels, collectivités territoriales, communautés scientifiques et techniques que s’organisent réflexions et actions à partir du début des années 2000.

Il y a en effet urgence car la fin d’exploitation du gisement de Lacq risque de mettre en péril les différentes unités industrielles très dépendantes les unes des autres ; il faut également compenser les pertes d’activités et d’emplois auxquelles va conduire le départ de Total.
Les enjeux sont de taille mais, ici, chacun sait depuis longtemps que les activités industrielles vivent et meurent, et que la meilleure façon d’y faire face est d’anticiper, de saisir les opportunités venant de l’extérieur tout en poursuivant les innovations à partir des activités endogènes.

La création de CHEMPARC en 2003, événement emblématique sur le bassin, est un exemple concret de la démarche. Ce Groupement d’Intérêt Public a pour objet de contribuer à la vitalisation économique du bassin industriel de Lacq. Il regroupe l’ensemble des partenaires industriels, institutions publiques, syndicats, centres de recherche ou de formation et l’UPPA. Sa mission consiste à promouvoir un pôle chimique et industriel sud-aquitain de notoriété internationale.

La décennie en cours est marquée par un ensemble d’événements industriels récents qui transforment durablement le bassin industriel :

  • La fin de l’exploitation du gaz commercial de Lacq depuis octobre 2013 qui pose la question du devenir des activités liées à la chimie du soufre.
  • La fermeture en 2009 de Celanese – usine de production d’acide acétique et d’acétate de vinyle – qui fragilise fortement la plateforme industrielle de Pardies–Noguères et interroge sur la possibilité de maintenir une chimie de base sur le bassin industriel.

Les réponses sont apportées :

  • En 2010, par la communauté de communes qui décide de devenir maitre d’ouvrage pour créer un réseau de vapeur qui reliera YARA aux utilités de la SOBEGI et ainsi lui permettre un modèle économique performant, le maintien de sa production et des 100 emplois directs qui lui sont liés.
  • En 2013, par Lacq Cluster1Chimie 30 (LCC30 est porté par la SOBEGI, ARKEMA et TEPF) qui extrait et traite les 3 % de gaz restant pour fournir à ARKEMA jusqu’en 2030 du sulfure d’hydrogène et du combustible pour les chaudières de la plateforme Induslacq.
  • En 2014, par le groupe TORAY qui inaugure sur le site de Lacq son usine de production de polyacrylonitrile (PAN), matière première de la fibre de carbone produite dans son usine d’Abidos et qui installe de manière concomitante un Technical Center dédié à la recherche et au développement. La voie est ainsi ouverte à la création d’une «Carbon Valley» et à la diversification en aval avec la production de fibres et tissus pré-imprégnés utilisés par l’aéronautique (Airbus, Dassault) mais aussi pour d’autres marchés.
  • Par CHEMPARC qui favorise l’émergence de nouveaux projets de taille modeste mais particulièrement innovants dans les domaines de l’environnement, du traitement des sols ou de l’énergie et, en 2011, avec CHEMSTART’UP qui accueille, dans un premier temps, de jeunes sociétés spécialisées dans la chimie fine, les nouveaux matériaux, la chimie verte, les matériaux composites et les nanomatériaux, pour devenir récemment une plateforme de transfert technologique.

Parallèlement, la communauté scientifique et technique du bassin de Lacq en même temps que l’UPPA, soutenues par les collectivités territoriales, se structurent pour mettre en place des pôles d’excellence et de transfert qui répondent aux préoccupations du monde socio-économique.

L’UPPA initie la constitution de pôles de recherche de notoriété internationale en concentrant des compétences fortes dans des domaines ciblés :

  • en 2005, se crée la Fédération de Recherche IPRA. Elle regroupe des compétences relevant de trois disciplines scientifiques différentes : les mathématiques, les géosciences et les sciences de l'ingénieur.
    Les laboratoires qui la constituent, collaborent essentiellement dans le domaine du génie pétrolier même si ce thème n’a pas un caractère exclusif.
  • début 2011, est inauguré le nouveau bâtiment de l’IPREM, concrétisation d'une synergie et d'une histoire autour de la recherche en environnement et matériaux. Il regroupe 4 équipes de recherche dont les compétences s'articulent autour de disciplines fondamentales faisant appel à la chimie analytique, chimie physique, chimie théorique ainsi que chimie des polymères et micro-biologie.
  • en mai 2011, le projet «Institute for the Sustainable Engineering of Fossil Resources» (ISIFoR) obtient le label Carnot aux côtés de 33 autres structures de recherche partenariale. Cet institut rassemble plus de 250 chercheurs, enseignants-chercheurs et ingénieurs ainsi que 250 doctorants et post-doctorants, au sein de 9 unités de recherche ou d’équipes clairement identifiées au sein de laboratoires (LMAP, LFC-R, SIAME, IPREM, LaTEP, GET, IMFT, LOF) dont les compétences dans le domaine de l’ingénierie durable des ressources fossiles couvrent les géosciences, les mathématiques, la chimie et les sciences de l’ingénieur. C'est aussi plus de 60 contrats de recherche avec un industriel par an pour 3,6 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2013.

L’UPPA participe au côté des entreprises et des collectivités à la structuration de trois entités destinées à dynamiser le transfert des compétences et des technologies :

  • au cours des années 1990, l’APESA devient une structure incontournable pour toutes les questions techniques liées à l’environnement et à la maîtrise des risques industriels.
  • en 2010, AVENIA est labellisé «pôle de compétitivité» dans le domaine des écotechnologies. Il se positionne sur les thématiques énergétiques liées aux ressources et services du sous-sol.
  • CANOE est une plateforme de transfert technologique qui propose des moyens humains et matériels mutualisés permettant d’accompagner le développement du tissu économique local (PME et grands groupes) dans le domaine des composites organiques et matériaux avancés, en particulier nano-structurés, sur des filières prioritaires de la région Aquitaine : aéronautique, transport (automobile, nautisme), énergies renouvelables (photovoltaïque, énergie éolienne, chimie durable). Enfin, elle se dote d’un nouvel outil pour accélérer la valorisation des résultats issus des recherches : Aquitaine Sciences Transfert, société d’accélération du transfert de technologie.

A la fin 2015, l’occupation de CHEMSTART’UP sera à son maximum. 5 sociétés en recherche, développement et innovation explorent des pistes industrielles dans les secteurs prometteurs comme ceux :

  • du traitement de l’eau par la voie originale des «gaz hydrates»,
  • des matériaux polymères thermoplastiques et des dépôts en couche mince,
  • du domaine de la formulation en chimie fine,
  • du domaine du stockage et de la conversion d’énergie (avec un projet industriel important dans les prochaines années),
  • de la recherche sur les interfaces pétrole-eau-roche pour la production et l’exploitation des hydrocarbures.

Ce tour d’horizon montre comment l’ensemble des acteurs – industriels, collectivités et communautés scientifiques – se sont regroupés, depuis plus de dix ans, avec une volonté politique forte, pour faire face à l’échéance vitale de la fin d’exploitation commerciale du gisement et pour proposer de nouvelles orientations et de nouvelles activités s’appuyant largement sur les atouts endogènes du bassin :

  • c’est un leader mondial dans le domaine de la thiochimie, mais aussi dans celui de la gestion de l’environnement et de la prévention du risque industriel,
  • ses savoir-faire historiques en génie pétrolier et les recherches de pointe actuelles dans le domaine des additifs sont un atout majeur,
  • le développement de la filière carbone (Carbon Valley) entre en synergie avec les recherches menées conjointement par Arkema et l’Université autour des matrices thermoplastiques,
  • la présence d’une unité de fabrication de bioéthanol à base de maïs,
  • les liens directs et de proximité qui se nouent entre les différents acteurs permettent de se parler facilement,
  • l’environnement scientifique et technique est disponible, toujours disposé à se mobiliser,
  • les collectivités territoriales sont à l’écoute et facilitent l’émergence des projets.

Pour conclure et pour illustrer la situation actuelle du bassin de Lacq, une image : celle d’un «écosystème». Ecosystème, dont par définition le maintien en vie et le développement dépendent du réseau d’échange d’énergie et de matière réalisé par ses éléments constitutifs.

Le territoire «bassin de Lacq» se prête bien au développement d’une économie circulaire mettant en œuvre des échanges de proximité entre les différents acteurs de sa vie et de son développement.

Aujourd’hui, l’ambition des responsables du développement du bassin de Lacq est clairement affichée : à l’horizon 2030, faire qu’il figure dans la liste des 30 premiers sites industriels européens de la chimie.

 

1 Terme de cluster largement utilisé depuis quelques temps à propos de la nouvelle configuration du bassin industriel nécessite quelques éclaircissements:

  • un cluster, c’est une concentration géographique d’entreprises interdépendantes : fournisseurs de biens et de services dans des branches industrielles proches. Les firmes livrant le produit final coopèrent avec les universités, et leurs concurrentes ;

  • il recouvre un secteur vaste d’activités, la santé par exemple, à Lacq la chimie, et intervient sur tous les maillons de la chaîne de valeur ajoutée : R & D, formation, etc.

  • il accueille petites, moyennes et grandes entreprises ;

  • la concentration spatiale facilite les échanges implicites de savoir-faire et génère des externalités positives (réduction des coûts, développement de l’innovation, etc.) mais parfois des externalités négatives (congestion par exemple).